« Ha c’est compliqué hein... Non, ce que je veux te dire, Charlotte, c’est que ce comportement là est… c’est… RI-DI-CULE, ridicule ! Tu es ridicule. Mais tu t’en rends compte ou pas ?»
Voilà, ça y est j’ai 4o ans...
J’ai l’âge d’être adulte, là, franchement on ne peut pas le nier.
Et pourtant, ce n’est pas si simple…
J’ai beau essayer, il y a quelque chose qui coince.
C’est comme si je ne rentrais pas bien dans le moule.
Alors, je me suis rappelée toutes les situations où je me suis sentie jouer à être grande, « adulte », et j’ai essayé de les confronter aux regards d’autres, pour voir si elles et eux aussi, parfois, pouvaient se sentir carrément à côté de la plaque.
Ou pas.
C’est peut-être un début ?
Plus tard, quand je serai grande, je comprendrai sûrement.
Je grandis et j’attends de le ressentir, ce moment où ça se calme, les crises existentielles, les remises en question permanentes, les doutes, les peurs... ce moment de solidité, ce bloc que l’on est censé devenir en devenant adulte.
Je grandis et j’attends, mais ça ne vient pas. Pas tout à fait. Pas tout le temps... Alors je me demande si c’est normal ? Si je n’ai pas un problème ? Si je ne suis pas juste nulle et incapable d’y arriver ? Si je ne suis tout simplement pas vouée à ne jamais y arriver ? Tout un tas de petites questions qui aident profondément à aborder la vie avec sérénité, finalement.
Adulte, ça parle de cette petite voix – « la sale vieille » dans mon cas (pardon pour les vieilles que j’adore par ailleurs) – qui est toujours là pour nous dire que, quoi que l’on fasse, on ne sera jamais à la hauteur.
Adulte, ça parle de ce que l’on croit que l’on doit être et la conscience aiguë de ne pas y parvenir. Adulte, ça parle de l’échec qui n’en est pas un. Ça parle aussi quand même un peu de notre société qui nous amène tous et toutes à suivre le même sillon, de la fiction de la réalisation de soi par son pouvoir d’achat, de la fausse idée que notre valeur dépend de notre efficacité, je possède donc je suis, heu... non. En fait, c’est pas vrai.
Adulte, c’est aussi l’occasion de mêler mon regard à celui d’autres personnes et d’examiner comment on se débrouille, tous et toutes, avec cette évolution qu’on nous dit « naturelle » mais qui n’a rien de naturelle du tout.
" ouais là je deviens une adulte, j’ai 37 ans.
Ma phrase en ce moment c’est : “ce qui est fait n’est plus à faire” !
Je deviens adulte aussi parce que je deviens vieille.
j’ai pas envie de me faire chier en fait.
J’ai pas envie de m’faire chier et j’ai pas envie qu’on me fasse chier.
Peut-être que c’est ça être adulte, apprendre à se détacher du regard des autres, enfin essayer !
Adulte n’a besoin de presque rien.
Une table basse, un ordinateur pour lancer les musiques ou les enregistrements et puis moi.
Le public est proche, et je lui parle.
Enfin, tantôt c’est moi qui parle, tantôt c’est ma petite « sale vieille », et tantôt ce sont les voix des autres, les personnes qui m’ont prêté leurs mots.
Parce qu’Adulte naît de là. Une carte blanche proposée par le Muerto Coco pour ses 10 ans.
Évidemment, je panique. Alors Raphaëlle Bouvier me dit: « tu n’as qu’à écrire un truc sur le sujet dont tu m’as parlé, c’est quoi être adulte ? ». Comme je ne sais pas trop comment faire, je commence par questionner autour de moi, et je m’aperçois qu’il n’y a pas que pour moi que ce n’est pas simple cette histoire. Et que, peut-être, ça peut faire du bien si on en parle et qu’on en rigole.
De et par : Charlotte Perrin de Boussac
Création musicale : Benoit Alves, Cédric Froin
Regard chorégraphique : Leonardo Montecchia
Regards complices : Raphaëlle Bouvier, Roman Gigoi Gary, Maxime Potard, Servan Dénès, Caroline Canot, Théâtre en cour(s)...
Production déléguée : Détachement international du Muerto coco.
Merci aux interviewé·e·s : Charly, Marie, Nicole, Roman, Maëlle, Servane, Elsa, Louise, Laurence, Françoise, Nicolas, Anastasia, Axel, Jul, Julia, Léa, Solen, Françoise, Tony, Taylor, Yossra, Sheyrin, Lia, Lauryne, Vjola, Liloo, Mehdi, Sullyvan, Jules, Adrien, Zoë, Bilal, Basile, Ryan, Samia, Yaëlle, Raphaël, Yona, Nolan, Kaylia, Romy, Malak.
Chacha du 34 est un nom de compagnie qui n’existe pas.
Pas encore en tout cas. Je la créerai plus tard, peut-être, quand je serai grande.
Pour le moment, Chacha du 34 c’est une blague de Maxime Potard du Muerto Coco, et comme j’aime bien rigoler, j’ai gardé le nom.
Chacha parce que je m’appelle Charlotte, du 34 parce que je vis dans l’Hérault. Voilà.
Contacts
Mon mail : cperrindeboussac@gmail.com
Mon 06 : +33 (0)6 37 88 02 60
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